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L'Europe doit agir sur l'Intelligence Artificielle

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Nous avons en France un patrimoine parfois oublié, parfois sous-estimé, qui représente en réalité une importante valeur stratégique pour cette nouvelle décennie qui s’ouvre à partir de 2020. Il ne s’agit pas d’argent, mais de capital humain ! Les chercheurs en intelligence artificielle (IA) et en robotique sont appréciés et appelés dans le monde entier. Je pense notamment à Yann LeCun, directeur scientifique de l’IA chez Facebook ou encore à Yoshua Bengio, tous deux lauréats du Prix Alain Turing en 2019 !

J’ai vécu dans la Silicon Valley, où j’étais au sommet de l’entreprise Apple Computer, en tant que chef des opérations au milieu des années 90, et j’ai vu émerger la révolution numérique déclenchée par le Web. Nous en connaissons tous aujourd’hui l’énorme impact économique et la puissance de transformation du tissu social. Si Internet est né grâce au projet stratégique de la DARPA (Agence Américaine pour les projets de recherche avancée de défense) et de la recherche américaine, le Web, rappelons-le, est une invention européenne géniale, conçue par un chercheur de Genève, Timothy John Berners-Lee.

L’Europe a su jouer un rôle important dans la grande vague technologique qui a suivie, je pense notamment à celle de la téléphonie mobile : la norme GSM est née à Sophia-Antipolis, dans la « Telecom Valley » du Sud de la France : la première technopole d’Europe.

Il ne s’agit pas d’argent, mais de capital humain !

Marco Landi

A la demande du Président du Département des Alpes-Maritimes, Charles Ange Ginésy, j’ai contribué dans le cadre du SMART Deal, à jeter les bases de la Maison de l’Intelligence Artificielle en plein cœur de cette technopole qu’est Sophia-Antipolis. C’est la première en Europe, peut-être dans le monde. Ce sera un lieu public de « SMART Education » qui a pour vocation de préparer et former la population et d’apporter sur le territoire, les innovations qui naissent de cette troisième révolution numérique et pour permettre de comprendre les challenges qui nous attendent.

Il faut également un centre de réflexion sur les usages et les conséquences que l’IA aura sur le marché du travail et l’organisation sociale, car l’impact des technologies de l’intelligence artificielle sera dans les prochaines années beaucoup plus fort et omniprésent que les transformations apportées jusqu’ici par le Web et la téléphonie mobile. Il faut donc faire des choix stratégiques !

Je suis convaincu que nous devons construire une Europe forte autour de l’IA. C’est une nécessité vitale pour sauvegarder la souveraineté de notre continent, pour ne pas être dominés par les « BIG Tech » et les prochaines superpuissances technologiques que sont la Chine et l’Inde. Parmi les dix premières compagnies d’Internet au monde, aucune n’est aujourd’hui européenne : les cinq premières sont américaines, la sixième et la septième sont chinoises.

La Chine avance rapidement et fait d’énormes progrès pour l’apprentissage de la robotique et de l’intelligence artificielle dans les écoles, à commencer par les écoles primaires. Elle excelle également dans la 5G et se prépare à avoir une domination absolue dans la 6G. 

L’Europe doit agir et se fédérer avec l’ensemble des pays. Les États européens ont signé la « Declaration of cooperation on Artificial Intelligence » pour unir et coordonner leurs efforts. Les lignes directrices ont été définies dans un plan coordonné pour une intelligence artificielle où l’Humain est au centre de la réflexion, dans le respect de nos valeurs humanistes et démocratiques. C’est ce que nous avons construit dans les Alpes-Maritimes en créant un Observatoire des Impacts Technologiques, Économiques et Sociétaux de l’Intelligence Artificielle (OTESIA) sur les bases de l’observatoire canadien : encore une fois une première en Europe !

L’approche européenne peut donc devenir un élément important de différenciation pour un avenir numérique qui risque sinon de poser plusieurs problèmes éthiques. Mais nous devons également investir dans les innovations stratégiques qui conduiront l’industrie européenne à créer les futurs champions mondiaux dans les secteurs émergents de l’IA, de la robotique et des objets connectés (IOT).

Nous devons construire une Europe forte autour de l’IA. C’est une nécessité vitale pour sauvegarder la souveraineté de notre continent.
Marco Landi

La contribution européenne a été minime jusqu’à présent. En Italie, seulement 1 milliard d’euros ont été injecté pour financer l’innovation, soutenir et développer nos start-ups. Cette année, le laboratoire national AIIS (intelligence artificielle et systèmes intelligents), qui devrait coordonner environ 600 chercheurs, a également été créé en Italie pour générer un véritable écosystème italien dans ce domaine. Toutefois, selon une enquête du CNR (Consiglio Nazionale delle Ricerche), l’Italie se trouve à peine au douzième rang en Europe pour le rapport entre PIB et investissements dans la recherche.

Depuis 2016, la France a consacré 10 milliards d’euros à l’innovation. Et dans la recherche sur l’IA, la France a lancé un plan de 3 milliards, en créant 4 pôles nationaux d’excellence (nommés 3IA) et des dizaines de chaires universitaires.

Une véritable stratégie européenne reste cependant à définir et est urgente. Le moment est venu de mobiliser vraiment nos meilleures forces : universités, centres de recherche, entreprises, associations pour contribuer à un Plan Européen pour l’IA. Et aussi pour offrir à nos jeunes les opportunités qui manquent aujourd’hui. Nous ne pouvons pas continuer à voir nos enfants fuir à l’étranger et perdre leur enracinement. Nous devons construire un avenir technologique durable et capable de refléter ces valeurs de qualité, originalité et authenticité qui, dans d’autres domaines, ont jusqu’à présent assuré la réussite de nos pépites.

Marco Landi

Institut Europia

Président du Comité d’Experts du SMART Deal, ancien Président de Texas Instruments EMEA & APAC et d’Apple Inc. Ses décisions ont contribué au retour de son cofondateur, Steve Jobs.

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