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Une approche originale sur le territoire azuréen

En philosophie, l’éthique est une discipline portant sur les jugements moraux. C’est une réflexion fondamentale sur laquelle, en principe, la morale de toute communauté pourrait construire ses normes, ses limites et ses devoirs.

Dans le monde des sciences du numérique, l’intelligence artificielle (IA), si on s’en tient à la définition du Larousse, est « l’ensemble des théories et des techniques mises en œuvre en vue de réaliser des machines capables de simuler l’intelligence ». Une définition controversée qui suppose déjà comprise celle d’intelligence humaine, et que nous ne considérons donc pas ici dans toute sa globalité. Dans ce texte, la notion d’intelligence artificielle se réduit à l’ensemble des théories et techniques gravitant autour  des nouveaux algorithmes d’apprentissage qui se nourrissent de bases de données gigantesques. Ces algorithmes sont redoutablement efficaces, capables depuis quelques années de l’emporter sur n’importe quel joueur d’échecs ou de Go, ils sont maintenant en train de bouleverser de façon irréversible et à l’échelle mondiale tous les pans de nos sociétés. Les grands domaines scientifiques (biologie, astrophysique, sciences humaines et sociales), les grands enjeux sociétaux (santé, éducation, transports), les grands secteurs économiques (commerce international, nouvelles technologies, économie de la connaissance), tous sont touchés par ces progrès spectaculaires.

Qu’est-ce que la question éthique a à voir ou à faire face à ces grands bouleversements ?

Evidemment il se s’agit pas de remettre en cause les grandes avancées technologiques. Nous connaissons tous la maxime « On n’arrête pas le progrès ». Celle-ci à ces limites néanmoins car elle laisse à penser à un progrès univoque et parfaitement déterminé par une avancée linéaire de la science. Or nous savons bien que les choses ne sont pas si simples, que ce soit en matière d’énergie (nucléaire, solaire, fossile) ou en matière de génétique (modification des gènes des embryons) des choix nous sont posés et notre futur sera déterminé par ces choix. Il en va de même dans le domaine de l’IA. A l’heure actuelle, un petit nombre de grandes sociétés du numérique (GAFAM, NATU, BATX), riches de bases de données colossales, de moyens financiers sans égal et de laboratoires de recherche très dynamiques, mènent la course, mêlant dans une forme nouvelle et confuse, progrès scientifiques et technologiques, avancées spectaculaire dans le domaine de la santé, enjeux économiques et impacts sociétaux. Les citoyens et les sociétés s’interrogent sur cette accélération technologique qui laissent les pouvoirs nationaux, politiques au mieux dans un rôle de spectateur, au pire dans celui d’utilisateur discret (Cambridge Analytica) à l’insu des citoyens.

Il n’est plus pensable aujourd’hui de considérer de façon sectorielle recherche, recherche et développement et éthique, et de croire que l’impact du chercheur sur le citoyen est lent et progressif.

Jean-Marc Gambaudo

Au niveau de la planète, ces interrogations éthiques concernant l’IA ont fait réagir les différents acteurs et décideurs. Une première étape a été franchie en 2017 avec le Forum sur le développement responsable de l’IA et le lancement de la Déclaration de Montréal pour un développement responsable de l’intelligence artificielle. En 2018, à son tour, l’Union Européenne publiait un projet de recommandation qui conduira à une Charte Éthique Européenne d’utilisation dans le développement et l’usage de l’Intelligence Artificielle.

Au niveau national, et pour combler un retard alarmant, la France, sous l’impulsion du Président Macron (rapport Villani), a pris récemment des initiatives intéressantes afin de définir une stratégie nationale et européenne pour le développement de l’IA, qui met l’accent sur 6 grands axes (qui incluent comme on le voit la dimension éthique) :

  1. Mettre les données au cœur de la politique économique ;
  2. Réformer la recherche française pour permettre d’être une alternative à ce qui se fait dans les GAFAM ;
  3. Anticiper les impacts sur le travail et les emplois et expérimenter ;
  4. Mettre l’IA au service d’une économie plus écologique ;
  5. Définir une éthique ;
  6. Rendre l’IA inclusive et diverse.


Cette réforme de la recherche française passe par la création de 4 grands Instituts interdisciplinaires d’Intelligence Artificielle (3IA) qui « devront offrir à l’ensemble de la chaîne allant de la recherche à l’innovation des lieux de rencontres propices aux collaborations fructueuses et à la diffusion des savoirs liés à l’IA, permettant à une fraction significative des acteurs concernés et motivés (chercheurs, étudiants, entrepreneurs) un accès direct aux recherches de pointe ». Evidemment l’existence de ces centres ne suffit pas à répondre aux ambitions portées par le rapport Villani et notamment le modèle reste à trouver pour permettre à l’analyse éthique de ne pas être qu’une activité ancillaire a posteriori. Notre site azuréen propose précisément un modèle original dans le paysage national.

Sur le territoire azuréen en effet, l’Université Côte d’Azur a été sélectionnée pour porter l’un de ces 4 Instituts Interdisciplinaires d’Intelligence Artificielle sur le site de Sophia Antipolis.

Ce nouvel institut arrive dans un écosystème en pleine mutation où l’Enseignement Supérieur et la Recherche (ESR) joue un rôle moteur. On y trouve un petit nombre d’acteurs extrêmement actifs qui ont su travailler en symbiose et qui chacun dans ses domaines de compétence avaient préparé le terrain :

  • Une université expérimentale, Université Côte d’Azur qui a été sélectionnée en 2016 comme une des dix grandes universités françaises intensive en recherche (Initiative d’excellence) qui jouit d’un partenariat renforcé avec le centre Inria Méditerranée et tous les grands organismes de recherche ;
  • Un tissu d’entreprises de toutes tailles dont la forte composante R&D les situe très haut dans la chaine de l’innovation, notamment dans le domaine du numérique ;
  • Des collectivités locales très impliquées dans le développement économique avec notamment la métropole Nice Côte d’Azur (NCA) et sa visibilité internationale dans le domaine de la ville intelligente (OIN Plaine du Var) et la communauté d’agglomération de Sophia Antipolis (CASA) siège du plus grand Technoparc européen, le département des Alpes Maritimes (CD06) et son action en profondeur sur le numérique (smart deal).


Il n’est plus pensable aujourd’hui de considérer de façon sectorielle recherche, recherche et développement et éthique, et de croire que l’impact du chercheur sur le citoyen est lent et progressif. C’est dans cet esprit le département des Alpes Maritimes, la CASA, la CCI et l’Université crée une maison de l’intelligence artificielle qui mettra en relation autour du sujet de l’AI, chercheurs, ingénieurs, entreprises, étudiants, lycéens, collégiens et grand public. Une activité importante de cette maison de l’AI est la mise en place d’un observatoire des impacts technologiques, économiques et sociétaux de l’intelligence artificielle (OTESIA) dont les missions essentielles sont :

  • D’agir en complémentarité avec le 3IA Côte d’Azur et les autres acteurs de l’IA (entreprises) pour soutenir le développement de l’intelligence artificielle dans l’écosystème azuréen ;
  • De constituer un forum d’échanges permettant aux acteurs publics et privés du territoire de partager et diffuser les informations, de co-construire des normes et des pratiques qui doivent encadrer ce secteur émergent ;
  • D’assurer la concertation entre les entreprises, les milieux scientifiques et les parties prenantes de la société civile pour demeurer à l’affût des tendances, des nouveaux besoins et des problématiques du secteur ;
  • De mener des enquêtes auprès de populations ciblées pour mesure les impacts des changements en cours et proposer des accompagnements notamment dans les domaines de la santé, de l’éducation, du transport, de l’emploi…;
  • Coordonner son action avec des autres acteurs européens internationaux qui travaillent sur ce lien éthique et AI au rang desquels l’observatoire sur les impacts sociétaux de l’AI et du numérique au Quebec, un des rares précurseurs dans ce domaine, qui nous a largement et généreusement inspiré.

 

 

 

 

 

 

 

 

Jean-Marc Gambaudo

Vice-président IDEX et ancien président d’Université Côte d’Azur, Directeur du 3IA Côte d’Azur, Directeur d’OTESIA.

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